vendredi 27 décembre 2013

Les bornes milliaires d'Antonin le pieux.

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On peut voir en Ardèche un grand nombre de bornes milliaires romaines. Elles correspondant à plusieurs empereurs romains. La plus importante série a été posée sous l'empereur Antonin le pieux vers 145.

Les dix-huit milliaires connus de la cité des Helviens, posés sous Antonin le Pieux, du Rhône à Alba et d'Alba à la frontière des Arécomiques, permettent de faire une étude comparative. Ce sont ceux étudiés par Joëlle Napoli et René Rebuffat dans le texte : « Les milliaires ardéchois d’Antonin le pieux ».

Le point origine de la numérotation des bornes se situe à Alba, la numérotation est croissante en remontant vers Vienne et en descendant vers Barjac.

La route vers le nord passait au sud d’Aubignas, au lieu dit « Les Combes » le long du ruisseau du Frayol, puis par Mélas, elle rejoignait ensuite la rive droite du Rhône en passant par Le Teil. Elle montait par Rochemaure, Meysse, Cruas. La limite du territoire des Helviens était un peu au nord de Cruas. Il n’a pas été trouvé de bornes entre Cruas et le Doux. La route continuait ensuite jusqu’à Vienne.

Des miliaires différents ont été retrouvés sur cette voie à Ampuis, Arras, et Tournon. Ils portent le nom de Maximin, Maxime, Aurélien, Tacite, Dioclétien, et Licinius.

On trouve, en Ardèche, un seul milliaire érigé sous Constantin, il est au Pont de Labeaume.

Tableau récapitulatif des milliaires antonins ardéchois.


Position (1) MP  (2) Statut(3) Ville (4) Remarque(5)
sud 1 disparu
sud 2 disparu
sud 3 disparu
sud 4 disparu
sud 5 disparu
sud 6 disparu
sud 7 disparu
sud 8 disparu
sud 9 disparu
sud 10 visible Mirabel Vendu au Musée de St Germain en Laye.
sud 11 disparu
sud 12 disparu
sud 13 visible St Germain Transformé en calvaire de route
sud 14 disparu
sud 15 disparu
sud 16 disparu
sud 17 perdu
sud 18 disparu
sud 19 disparu
sud 20 visible Pradons
sud 21 perdu
sud 22 perdu
sud 23 perdu
sud 24 perdu
sud 25 disparu
sud 26 disparu Salavas
sud 27

sud 28 disparu
sud 29 disparu
sud 30 visible Salavas
sud 31 visible Vagnas Transformé en calvaire de route
sud 32 disparu
sud 33 visible Barjac Conservé au musée de Nîmes, copie à la mairie de Barjac
nord 1 disparu
nord 2 disparu
nord 3 disparu
nord 4 visible Le Teil - Montée des combes Original au musée d'Alba, copie au bord de la route.
nord 5 disparu
nord 6 perdu Le Teil - (Mélas)
nord 7 disparu
nord 8 disparu
nord 9 visible Rochemaure Original dans la chapelle ND des Anges, copie devant la marie.
nord 10 disparu
nord 11 disparu
nord 12 visible Meysse
nord 13 disparu
nord 14 visible
nord 15 visible
nord 15 disparu
nord 16 visible Cruas Devant l'abbatiale de Cruas
nord 17 visible Cruas
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La borne milliaire de Vagnas

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La borne milliaire de Vagnas est visible au bord de la route départementale D979, à 2 kilomètres au nord de Vagnas. Elle est installée sur le coté gauche de la route avant d'arriver à l'ancien couvent de la Sainte Famille. Elle matérialise le 31e mille depuis Alba sur la voie antonine allant à Nîmes en passant par Barjac. 

Cette borne est située a proximité du couvent des religieuses de la Sainte-Famille[1], c'est à cet endroit qu'elle a été signalée par Soulavie[2]. Elle est restée à son emplacement originel. Elle est située au lieu-dit "La Pierre Plantée", à l'intersection de la route venant Salavas qui va à Barjac (D 579) et du chemin de la Rochette. Elle a été christianisée en fixant une croix à son sommet, en 1717. Ce milliaire est devenu presque totalement illisible.
En 1863 le chanoine Rouchier indiquait déjà qu’il a eu beaucoup de peine à en réaliser l’estampage.
L’abbé Rouchier signale aussi que le couvent occupe l’emplacement d’une ancienne poterie romaine. On y a découvert un four et de nombreux débris de poteries en creusant les fondation des bâtiments. 
Contrairement à ce qui est parfois indiqué, et le premier à le dire fut Rouchier, la voie romaine ne passait pas par le couvent de la Sainte Famille, mais à coté. Le couvent de la Sainte Famille fut construit au bord de l’ancienne voie romaine, sur le domaine de la Boissière. Fondé au milieu du XIXe siècle par Pierre Coste, chanoine honoraire de Viviers, et sa sœur Ezéréide, première mère supérieure,  Il resta en activité jusqu'en 1992.

La voie romaine traversait l'Ardèche au gué de Chauvieux (Chaussée vieille), passait par La Gleizace à Salavas, Rieusset, Le Monastier, la Pierre Plantée au carrefour avec la route qui va à la Rochette, traversait le village de Vagnas, ressortait au sud, et traversait un marécage pour descendre ensuite vers Barjac. Le milliaire de Vagnas est situé à 2 milles romains de l'endroit où était placé celui de Barjac.

 La voie romaine au sud de Vagnas.
Le trajet suivi par la route D979, passant sur le pont de Vagnas, n'a été ouvert qu'après la Paix d’Alès, en 1629, sur ordre de Louis XIII. L'ancienne voie romaine n'étant pas suffisante pour permettre le passage des troupes et des canons dans cette région.

Ce milliaire est connu depuis longtemps, puisqu’il est mentionné dans un texte, ainsi que la route qu’il renseigne, dans une donation de Raymond de Barjac, effectuée en juillet 1196, aux Templiers de Jales. (Archives des Bouches du Rhône)[4] 

Le milliaire a été renversé par un tracteur, en 1958, puis redressé et la croix à nouveau rapidement fixée, avec du mortier moulé dans un seau[5]. On a probablement réparé le socle du calvaire sans se soucier du fait qu’il s’agit d’un milliaire romain âgé de plus 1800 ans.

Il est inscrit par arrêté du 3 septembre 1974. Il est la propriété de la commune.


Merci à Alain et à Claude qui m'ont emmené 
explorer les anciens chemins autour de Vagnas.


[1] Cadastre Napoléonien section C1 et C2.
[2] voir "  Histoire naturelle de la France méridionale, ou Recherches sur la minéralogie du Vivarais, " Tome III, page 316.
[3] André Blanc, CAGR, p37.
[4] Arnaud Valvignères, p. 69.
[5] Détails dans Arnaud, Voies romaines en Helvie.


Documentation :

  1. Arnaud, Pierre : Valvignères, p. 69.
  2. Arnaud, Voies romaines en Helvie.
  3. Blanc, André : CAGR, p37.
  4. Dupraz, Joëlle & Fraisse, Christel : « L'Ardèche [07] », (Carte archéologique de la Gaule, 07) 1 vol. (496 p.) : ill. en noir et en coul., cartes, couv. ill. en coul. ; 30 cm ; Paris, 2001, CNRS, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, Paris - (ISBN 2-87754-069-3) - p. 414.
  5. Histoire Générale du Languedoc, Privat, Toulouse, Tome XV, N° 1928, p.1098.
  6. Soulavie : Histoire naturelle de la France méridionale, ou Recherches sur la minéralogie du Vivarais, " Tome III.
  7.  Rouchier, Jacques « Revue des Sociétés Savantes », Tome I, année 1863, 1er semestre, page 164.
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samedi 14 décembre 2013

Le volcan d'Aizac




La première description scientifique du volcan d'Aizac remonte à 1778. Elle a été effectuée par Barthélemy Faujas de Saint-Fond qui a expliqué dans un ouvrage les coulées de basaltes de ce volcan dans vallée de la Volane.


"Recherches sur les volcans éteints du Vivarais et du Velay ; avec un discours sur les volcans brûlans, des Mémoires analytiques sur les Schorls, la Zéolite, le Basalte, la Pouzzolane, les Laves et les différentes Substances qui s'y trouvent engagées, etc."

Description du livre: Cuchet, Grenoble, 1778. grand in-fol° (437 x 297 mm.). 1/2 basane moderne, dos à nerfs orné de caissons dorés, titre de maroquin rouge, triple encadrement de filets dorés sur les plats, double filets dorés sur les coupes, tranches marbrées. de (2) ff, xviii, (2), 460, (4) pp. et 20 pl gravées dont 1 sur double page. 20 planches gravées.

Édition originale de l'un des premiers ouvrages consacrés à la vulcanologie, établissant pour la première fois l'origine éruptive des basaltes. Ce travail est considéré comme majeur dans l’œuvre de Faujas de Saint-Fond (1741-1819) qui compte parmi les pères fondateurs de la géologie et de la science des volcans. Naturaliste proche de Buffon, il fut également le premier professeur de géologie nommé en France. Il y procède à la comparaison entre la minéralogie des volcans éteints Vivarais et du Velay et celle des éjectas de cratères actifs. Ses minutieuses descriptions, d'après nature, des volcans à cratères, font toujours autorité. Faujas de Saint-Fond voyagea aussi en Angleterre et en Écosse où il fit d'importantes observations géologiques. Le texte est superbement illustré par 20 planches (dont une sur double page) en premier tirage gravé sur cuivre par Fessard (une par Magne) d'après les dessins de Veyrenc et Arnaud-Eloi Gautier d' Agoty. Jolie vignette gravée sur le titre et dessinée par Savart, bandeau et lettrines gravés.

Entraîné par son goût pour l'étude des sciences, Faujas de Saint Fond, qui avait une formation d'avocat, s'installa à Paris et se lia d'amitié avec Buffon. Il devint d'abord adjoint naturaliste au Museum, puis commissaire du roi pour les mines. Faujas parcourut alors la France et l'Europe s'occupant d'étudier la surface du globe, sa constitution et les matières qui la composent. C'est particulièrement sur les produits volcaniques qu'il étendit ses observations.
Dans cet ouvrage, Faujas développe sa théorie sur la formation des volcans, théorie plus ingénieuse que toute celles émises jusqu'alors sur ce sujet. Illustré de 20 superbes planches représentant des volcans et des minéraux. Barthélemy Faujas de Saint-Fond, né le 17 mai 1741 à Montélimar, mort le 18 juillet 1819 à Montélimar, est un géologue et vulcanologue français. 



http://www.aizac.fr/page2.html

mercredi 11 décembre 2013

Les dolmens de l'Ardèche

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Avec le Lot et la Lozère, l'Ardèche est l'un des départements français qui compte le plus grand nombre de sépultures mégalithiques. On y dénombre plus de 500 monuments qui ont été construits par l'Homme il y a 3 mille ans.

En Bretagne les deux départements qui comptent le plus de dolmens sont le Finistère, avec 353 dolmens et le Morbihan, 343.

Il y a presque 750 dolmens dans le département de l'Ardèche.

Le plateau de Labeaume se voit d’ailleurs situé en première position avec 140 dolmens répertoriés. Aucun lieu en France, en Europe et, sans doute, dans le monde, n’en dénombre autant.

En 1989, le Dr Maurice Laforgue qui avec son équipe, depuis un quart de siècle, avait passé le plateau de Labeaume au peigne fin, dressait, (dans « Ardèche Archéologie » n°6), le bilan des recherches effectuées : 100 dolmens, 6 habitats de surface, 6 tumulus, 6 grottes habitées. Depuis, une association « Dolmens et Patrimoine de Labeaume » poursuit l’œuvre du Dr Laforgue et de ses collaborateurs, et chiffre à 140 le nombre de dolmens répertoriés au 1er janvier 2009.
Si dans le Bas-Vivarais, près du village d’Orgnac, on a trouvé un site qui fait remonter ses premiers habitants à environ 300.000 ans av J.C. , si dans les gorges de l’Ardèche, on a découvert des grottes ornées vers 20.000 et même 30.000 ans avant notre ère, comme la Grotte Chauvet, considérée recéler une des plus belles collection de peintures rupestres, sur Labeaume, nulle trace n’a été jusqu’alors recueillie de ces périodes anciennes du Paléolitique (Age de la pierre taillée).


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Inscriptions latines de Gaule Narbonnaise.




Inscriptions latines de Gaule (Narbonnaise). Paris, 

E. Leroux, 1929 ; un vol. in-4o de II-224 pages.

On sait que l'Union Académique Internationale, dès sa constitution au lendemain de la guerre, s'était assigné la tâche de préparer l'élaboration de Compléments au Corpus Inscriptionum Latinarum. Dans sa IIIe session, qui se tint à Bruxelles en mai 1922, elle décida de laisser à chaque pays toute liberté d'agir à part et d'entreprendre, suivant ses préférences, soit la réfection totale des volumes du C.I.L. qui le concernaient, soit la publication de simples suppléments. La France, qui avait adopté le premier de ces partis pour le territoire de ses colonies du Nord de l'Afrique, se rallia au second pour celui de l'ancienne Gaule. Et c'est ainsi que, sous les auspices de l'Institut, M. Emile Espérandieu vient de faire paraître (note du claviste : en 1931) le volume relatif aux inscriptions de la Narbonnaise.

Grâce au concours d'Auguste Allmer, Otto Hirschfeld avait réussi à consacrer à cette région une œuvre d'une valeur exceptionnelle, le tome XII du C.I.L., publié en 1888. D'autre part, les découvertes de textes nouveaux qui s'étaient produites depuis cette date avaient été régulièrement signalées et commentées dans les bulletins périodiques de la Revue Epigraphique et de la Revue Archéologique.

Néanmoins, M. Espérandieu n'a pas voulu faire une simple compilation des travaux antérieurs ; il a tenu à voir lui-même tous les monuments encore existants et à contrôler soigneusement les copies qu'il en possédait. Ce travail aussi pénible qu'utile lui a permis de recueillir une ample moisson de 669 inscriptions, parmi lesquelles il s'en trouve même quelques-unes qui étaient restées inédites (telles celles de Vienne qui portent les nos 277, 284 à 288, 296, 300, 303, 305, 306, 312, 318 et 329). On se doute bien d'ailleurs que, pour un grand nombre de ces textes, M. Espérandieu avait eu le mérite d'en fournir le premier le déchiffrement et le commentaire.
Dans cette tâche hérissée de difficultés, l'auteur s'est vraiment montré le digne continuateur de Hirschfeld, aussi bien pour la sûreté et la pénétration de la critique que pour la richesse et l'exactitude de la documentation. On me permettra seulement de regretter qu'il ait choisi un autre format que celui du C.I.L. et qu'il ait renoncé à l'emploi du latin dans la rédaction de ses notices ; ce sont là deux innovations qui rendront plus malaisées à beaucoup, d'épigraphistes la consultation et l'utilisation de ce précieux recueil.

Ce texte a été publié en 1931.

"Espérandieu (Emile). Inscriptions latines de Gaule (Narbonnaise)" par Halkin, Léon-E.; Revue belge de philologie et d'histoire; Année 1931; Volume 10; Numéro 10-1-2, p. 254.

Source :  Persée.fr

Les Inscriptions latines de Narbonnaise : le corpus

Depuis la publication par Otto Hirschfeld, en 1888, du tome XII du Corpus Incriptionum Latinarum (CIL) et du supplément qu’Émile Espérandieu lui ajouta en 1929 (les ILGN : Inscriptions latines de la Gaule Narbonnaise, Paris, 1929), la documentation épigraphique de l’ancienne province romaine de Narbonnaise a largement évolué. Grâce aux fouilles et aux prospections, de nouvelles inscriptions ont été découvertes, tandis que des inscriptions que l’on croyait perdues du temps d’O. Hirschfeld ont pu être retrouvées et faire l’objet de nouvelles lectures et interprétations.

Créée par Jacques Gascou et Michel Janon, puis dirigée pendant des années par Jacques Gascou, la collection des Inscriptions latines de Narbonnaise (ILN) s’est donné pour objectif de publier, cité par cité,toutes les inscriptions latines connues à ce jour (à l’exception des inscriptions chrétiennes et des textes de l’instrumentum), en les accompagnant systématiquement de photographies de qualité ou de dessins et en leur adjoignant un substantiel commentaire onomastique et historique.

La collection est désormais dirigée par Sandrine Agusta-Boularot et Marc Heijmans,
Centre Camille Jullian, bureau 278.
Le Centre Camille Jullian est un laboratoire d’archéologie méditerranéenne et africaine de l’Université de Provence, du CNRS et du Ministère de la Culture.

IV, Apt , par Jacques GASCOU, Philippe LEVEAU, Jérôme RIMBERT (Supplément à Gallia, 44, 4), Paris : CNRS éd., 1997. Ce volume contient une introduction où sont notamment examinés les problèmes relatifs aux origines d’Apta Iulia, à son statut, à ses institutions, ainsi qu’aux limites du territoire de la cité. Le recueil proprement dit – en tout 152 textes épigraphiques – présente les inscriptions de la ville d’Apt, puis celles du territoire, enfin les milliaires. Un index et des tables de concordance complètent le volume. 
 Source : http://ccj.cnrs.fr/spip.php?rubrique181

Sur le web :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Corpus_inscriptionum_Latinarum

 Waltzing, Jean Pierre : "Le recueil général des inscriptions latines (corpus inscriptionum latinarum) et l'épigraphie latine depuis 50 ans", Louvain, 1892 - La Gaule Narbonnaire p.132.

vendredi 6 décembre 2013

L'inscription cabalistique de Rochemaure: "sator arepo tenet opera rotas"



Nombreux sont ceux qui ont entendu parler du "carré magique" qui se lit de la même façon dans tous les sens. C'est ce qu'on appelle un palindrome.

Les lettres sont alignées et disposées en échiquier.

SATOR
AREPO
TENET
OPERA
ROTAS

Il en existe un exemplaire en Ardèche, à Rochemaure. Découvert en 1850 dans le ravin de Rignas et scellé alors dans le mur de la chapelle Saint-Laurent, le carré magique de Rochemaure a disparu en 1972, puis a été retrouvé quelques années plus tard. Depuis, il a été mis en lieu sûr et une copie en a été placée dans la chapelle N.-D. des Anges.

Il semble qu'on retrouve ce texte à plusieurs endroits.

On en trouve un autre en Isère, au château de Valbonnais construit en 1608. Il y en a un à Oppede, dans le Luberon. On prétend que la plus ancienne représentation connue de ce carré aurait été trouvée dans la villa de Pasquius Proculus et de son épouse dans les ruines de Pompéi.
Ce carré n'a rien de magique et ne semble pas aussi ancien qu'on voudrait le croire. Il n'est en tout cas pas plus magique qu'une grille de Sudoku ou que le carré latin qui ressemblent à ce type de construction.

Il ne serait même pas latin. Il est inscrit dans la catégorie "fausses inscriptions latines" dans le tome XII du Corpus des Inscriptins Latines (CIL) d'Otto Hirschfeld, sous le numéro 202, à la page 20.

Il est décrit par Wescher en 1874, dans le bulletin des Antiquaires.

Carré d'Oppede dans le Luberon.

Dans un ouvrage du XVIe siècle.


L'origine de ce texte est datée du douzième siècle. Il a été décrit par Auguste Allmer, savant épigraphiste lyonnais, conservateur honoraire du musée épigraphiste de la ville de Lyon. Allmer en donne la traduction suivante : "Le laboureur occupe l'arpent; le travail occupe les roues (de la charrette)".

Une étude publiée en 1969 le décrit comme une fausse énigme.

Polge, Henri : La fausse énigme du carré magique";  Revue de l'histoire des religions Année 1969 Volume 175 Numéro 2 pp. 155-163.



Documentation :

Allmer, Auguste : "Revue Epigraphique du Midi de la France";  1890; (t;3, N) 56, page 286.

Hirschfeld, Otto : “Inscriptiones Galliae Narbonensis latinae /. consilio et auctoritate Academiae Litterarum Regiae Borussicae edidit Otto Hirschfeld..”; xxvii, 38*, 976 p. : ill. ; 39 cm., 1046; p.; , Berlin, G. Reimerum, 1888.
Wescher : "Bulletin des antiquaires"; série IV, t.5, 1874, p.152.


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mardi 3 décembre 2013

La borne milliaire de Saint-Germain d'Ardèche.

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On peut apercevoir une borne milliaire romaine, à 100m de l’entrée nord du village de Saint-Germain, au lieu-dit « La Condamine », à la hauteur du cimetière, au carrefour de la D103 et du chemin de l’église qui est l’ancienne voie romaine [1]. Cette voie romaine venait de Barjac et allait à Alba en passant par Mirabel

Extrait de la carte de Cassini (carte 90 – Viviers - 1772). 

Il y a presque 100 ans, Jean Régné écrivait dans son Histoire du Vivarais :
"Cette inscription très fruste et presque illisible a été relevée sur une pierre milliaire…../…..Malheureusement le chiffre du milliaire a complètement disparu sous l’action du temps. »[2]  Plus loin il ajoute : « Ce monument épigraphique n’en a pas moins une grande importance puisqu’il nous révèle l’existence d’un chemin romain que nous ignorions. » [3]


La borne milliaire est située contre le mur du jardin d’une maison au bord de la voie romaine qui passe par le centre du village.Ce milliaire est à sa place originelle bien que la lecture du nombre de pas soit devenue impossible à déchiffrer sur la borne.

Il y avait, à la fin du XIXe siècle, la partie inférieure d’un cippe, avec sa base, déposée dans l’empierrement dans lequel le milliaire est planté. La pierre carrée mesurait 0,45 de coté. L’inscription avait été relevée par le curé de St Germain de l’époque accompagné d’Auguste Allmer [4]. L’inscription n’avait rien à voir avec le milliaire, elle disait : « …..ius Decimanus a élevé ce tombeau à son père bien méritant ». Cette pierre gravée a aujourd’hui disparu.
La borne est surmontée d’un chapeau en pierre qui a servit de fixation à une croix en fer. Cette croix, signalée dans les textes antérieurs à 1990, semble avoir disparu récemment.


Il semblerait que cette borne ait été « retirée » de son emplacement, puis remise en place, mais en la tournant le dos vers la route, en effet, l’inscription latine est tournée vers le mur de clôture, à l’opposé du chemin, ce qui est contraire à sa fonction indicatrice.

L’inscription est quasiment illisible. Les lettres sont recouvertes de ciment qui semble avoir coulé lors d’une réparation ou d’un scellement du chapeau. Des graphitis effectués, avec une pointe sèche, pour gratter l’excédent de ciment, altèrent l’inscription et risquent de modifier définitivement le texte original.

Le texte latin connu est le suivant [5]:
Imp(eratori) Caesar(i) / T(ito) Ael(io) Ha/dr(iano) Antoni/no Aug(usto) Pio / p(atri) p(atriae) trib(unicia) pot(estate) / VII co(n)s(uli) IIII / m(ilia) p(assuum) [XIII(?)]

Vers 1992, René Rebuffat, du CNRS, est venu en Ardèche avec une équipe de chercheurs [6] pour étudier les milliaires ardéchois. Durant les recherches, avec Joëlle Napoli, il a déchiffré: l’inscription de ce milliaire. Les deux auteurs indiquent dans leur texte [7] publiée dans Gallia en 1992 : « A partir de la ligne 3, nous avons pu vérifier que toutes les anciennes lectures sont exactes ».

Si la borne avait été tournée dans le mauvais sens, comme elle l'est aujourd'hui, ils l'auraient constaté et ils auraient eu des difficultés de lecture, et ils n’auraient pas manqué de le signaler. Ils ne signalent pas, non plus, la disparation de la croix métallique.

Ce milliaire est décrit, en 1966, par l’abbé Arnaud [8], qui indique la présence de la croix qui n’existe plus, mais il n’indique pas que l’inscription est tournée dans le mauvais sens. A la page suivante, page 56, une illustration montre le milliaire sommé de sa croix. Cette illustration est un dessin réalisé sur place. L’abbé Arnaud n’indique pas que le milliaire est dans une position erronée ce qui laisse supposer qu’il était tourné dans le bon sens vers 1966, et qu’il possédait encore sa croix.
Cette anomalie de positionnement n’est pas non plus signalée par André Blanc [9], en 1975. On peut supposer que la modification de positionnement et la disparition de la croix sont postérieures aux travaux d’André Blanc, à l’ouvrage de l’abbé Arnaud et à la visite de René Rebuffat et de son équipe, car ces auteurs ne mentionnent pas ces anomalie dans leurs études sur les milliaires ardéchois.

Une enquête sur le terrain, en juillet 2013, m’a permis de confirmer mes suppositions et d’apprendre que la borne aurait été renversée par un véhicule, on ne sait plus à quelle date, puis réinstallée à la même place. Les ouvriers se sont attachés à redresser cet ancien calvaire et a le remettre correctement en place sans se préoccuper de la borne romaine qui lui sert de support et qui est devenue presque illisible; ils n’ont pas vérifié la bonne orientation des inscriptions en partie recouvertes par du ciment. La croix métallique a été cassée et on ne sait plus ce qu'elle est devenue.....




Documentation

Notes :

[1] Ce trajet est confirmé par les relevés d’Isaac Moreno, publiés sur son site.
[2] Ceci a été publié en 1914.
[3] Localisation du lieu sur  Google Maps.
[4]  Auguste Allmer, (Louis-Christophe-Auguste,1815 -1899) est un savant épigraphiste.
[5] Indication fournie par le CIL.
[6] j’ai été tenté d’écrire « trouveurs » au lieu de « chercheurs » tant ils ont découvert d’informations nouvelles.
[7] Napoli (Joelle) et Rebuffat (René) : « Les milliaires ardéchois d’Antonin le Pieux »; Gallia, XLIX, 1992, p. 71.
[8] « Voies romaines en Helvie », page 55
[9] Carte Archéologique de la Gaule Romaine, (CAGR) Fasicule XV, département de l’Ardèche, CNRS, 1975.

Archives départementales de l'Ardèche :

Cadastre napoléonien de St Germain, relevé terminé sur le terrain le 25 octobre 1813. (le géomètre s’appelait F. Romain J.).

Bibliographie :

  • Allmer, Auguste  : « Recueil des Inscriptions Antiques de la province de Languedoc », 1863.
  • Arnaud, Pierre (abbé) : "Voies romaines en Helvie" ; préface de Maitre Louis Bouvier ; 187 pages, in-8, (25,5 x 16,5 cm), broché, dessins, 8 cartes dépliantes hors texte et 2 dans le texte, 59 dessins dans le texte, de R. Joseph, R. Pitiot, H. Saumade et R. Weiss, photographies, Imprimerie Étienne Benistant, Le Teil d'Ardèche, 1966. (Tirage limité à 1380 exemplaires). 
  • Blanc, André (1922-1977) : « Carte archéologique de la Gaule romaine. Fascicule XV (Ardèche) ; 1 vol., 100 pages, 5 figures int., VIII planches, 1 carte. ; Ed. Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et C.N.R.S., 1975. – ISBN 2-222- 01696-7. 
  • Devic, Claude, (1670-1734); Vaissette, Joseph, (1685-1756); Roschach, Ernest, (1837-; Dulaurier, Édouard, (1807-1881). : « Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives par Dom Cl. Devic & Dom J. Vaissette. [Édition accompagnée de dissertations & notes nouvelles contenant le Recueil des inscriptions de la province, continuée jusques en 1790 par Ernest Roschach] (1872) »; Volume XV, Toulouse : Edouard Privat, 1872-1892.
  • Napoli, Joëlle & Rebuffat, René : "Les milliaires ardéchois d'Antonin le Pieux" ; Gallia , Année 1992, Volume 49, Numéro 49 pp. 51-79. Voir pages 71 - 77.
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La borne milliaire de Mirabel.

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En 1897, une borne milliaire a été trouvée sur la commune de Mirabel,[1] au lieu-dit Costerate, ou plus exactement « Coste Raste »[2] sur la propriété d’un cultivateur nommé Longin Ducros, à environ 150 mètres de sa ferme ou en proximité immédiate. Le lieu se situe au bord d'une très ancienne voie de communication, à proximité de la rivière Auzon. Cette route est une ancienne voie romaine.[3]

La carte de Cassini manque de détails et de précision pour identifier le lieu de la découverte représenté par le symbole jaune. Néanmoins, elle montre le passage d’une voie qui passe à Saint Germain, à proximité de la borne connue et sur le pont dont il ne subsiste qu’une arche. Cette voie monte ensuite vers Mirabel et bifurque pour traverser l’Auzon. Le manque de détails sur la carte de Cassini nous incite à utiliser le cadastre napoléonien pour rechercher l’emplacement de la découverte. 



Cadastre napoléonien, commune de Mirabel, 1/2500e, 15 juillet 1813.
Source : Archives départementales de l'Ardèche.

Les parcelles situées entre le « ruisseau de Costerate » et la route qui va à Saint-Jean-Le-Centenier constituent le champ à proximité duquel la borne milliaire a été trouvée. Le ravin séparant la ferme du lieu de la découverte est le ruisseau nommé «des Vernés» selon les cartes IGN ou «de Costeraste» selon le cadastre de 1813. Ce ruisseau ne laissant couler qu’un filet d’eau par temps sec devient un petit torrent par fortes pluies.

La borne milliaire a été découverte à proximité de ce carrefour de chemins
qui sont d'anciennes voies romaines.

Immédiatement après sa découverte, l’année suivante, en 1898, cette borne fut vendue au Musée des Antiquités Nationales de St-Germain en Laye. Elle s’y trouve encore sous le numéro de catalogue 35588. Le conservateur de l’époque, Salomon Reinach [4], a négocié cet achat au mieux des intérêts de son musée. Le prix d’acquisition fut de 200 francs de l’époque avec le transport, entre la gare SNCF de Vogué [5] et Paris, pris en charge par l’administration. Le déplacement de la pierre qui pèse une tonne, son emballage et son transport à la gare SNCF furent de la responsabilité de Ducros

Le milliaire au musée de St Germain en Laye.
Longin Ducros est né en 1839, où ?, il est mort à Mirabel en 1920. Il avait 58 ans au moment de la découverte. Il semblerait qu’il n’ait pas eu de descendance et que cette famille n’existe plus à Mirabel ou dans la région.
Ce prénom est un peu inhabituel. Longin est le nom en français du soldat romain, Longinus,  qui, avec sa lance, aurait percé le flanc du Christ sur la croix. Originaire de Cappadoce, Longinus servait dans l'armée romaine et commandait une unité en Judée. Il fut, avec ses hommes, chargé d'assurer la crucifixion de Jésus-Christ et il reçut mission de garder son corps pour que personne ne pût le dérober ni dire qu'il était ressuscité. Il se serait converti à la vue des prodiges qui ont accompagné la Passion du Christ. Il a été canonisé, son nom est devenu un prénom chrétien.
Comment un cultivateur, habitant dans un petit village du Vivarais, a-t-il fait, au XIXe siècle, pour contacter un des plus grands savants de l’époque, en activité à Paris, et lui vendre une borne milliaire romaine alors qu’il ne connaissait probablement rien à l’archéologie ?…
Certains auteurs indiquent que Salomon Reinach a reçu cinq lettres provenant de Ducros. Les a-t-il lui même écrites ?
Pourquoi cette antiquité romaine n’a t elle pas été négociée avec les autorités locales ou avec le musée de Nîmes qui est beaucoup plus proche du lieu de découverte et qui est spécialisé en antiquités romaines ?

Pourquoi est-il si difficile de trouver de la documentation de l’époque concernant cette relique du passé et cette découverte ?

Cette borne en calcaire présente la particularité d’être une de celles qui est arrivée jusqu’à nous dans le meilleur état, avec une inscription très lisible. On peut supposer que le sol où elle est restée enfouie, jusqu’à sa découverte, n’est pas de nature acide, contrairement à celui de plusieurs endroits de la région qui «digère», en quelques années, les squelettes d’animaux. 


On peut constater sur cette inscription que le chiffre X indiquant le nombre de milliers de pas n’est pas identique au reste de la gravure, il ne semble pas de la même main....A-t-on construit la borne, puis gravé le texte générique en premier et,  attendu d’avoir placé la borne à son emplacement définitif pour graver le chiffre indicateur des distances ? 

Au sud-ouest et à 200 m de la ferme, se trouve un carrefour, situé sur une voie romaine, d'où se détache un ancien itinéraire vers l'est, et deux autres vers le sud. Ces deux itinéraires sud, l'un suivant la crête de la Costeraste, l'autre plus proche de la vallée de l'Auzon aboutissent tous deux au village de Saint-Germain-d'Ardèche, où se trouve encore le milliaire, dont le chiffre indicateur des milles est effacé.

Inscription :

Imp(eratore) Caesare / T(ito) Aelio Hadr(iano) / Antonino / Aug(usto) Pio / p(atre) p(atriae) trib(unicia) pot(estate) / VII co(n)s(ule) / IIII m(ilia) p(assuum) X

Description du milliaire :

Borne milliaire dédiée à Antonin le Pieux.
Date : 145 après J.C.
Emplacement : à 10 milles pas au nord d’Alba (MP X).
Matériau : calcaire dur.
Hauteur totale. 185 cm.
Hauteur du fut : 127 cm.
Base carrée : 57cm x 57cm x 53 cm.
Diamètre : environ 52 cm
Volume : 0,4373 m3
Poids : 1008 kg.
Densité approximative : 2,3

Références du milliaire

Catalogue Musée des Antiquités Nationales St-Germain-en-Laye - Inv. n° 35588 [6]. Visible dans la salle XVI.

Documentation :

Notes :

[1] Commune de Mirabel, Canton de Villeneuve-de-Berg, Arrondissement de Privas, département de l’Ardèche.
[2] Il existe plusieurs orthographes pour ce nom : Costerate, Coste Raste, Costaraste.
[3] Voir André Blanc, Carte Archéologique de l’Ardèche, page 27.
[4] Salomon Reinach, est né à Saint-Germain-en-Laye, le 29 août 1858; il est mort à Boulogne-Billancourt le 4 novembre 1932. C’est un archéologue et un spécialiste de l'histoire des religions. Il fut membre de l'Institut et conservateur des musées nationaux, archéologue, philologue, historien des religions, historien de l’art, anthropologue, philosophe, professeur à l’École du Louvre, directeur de revue.. L'œuvre majeure de Reinach, fut « Cultes, mythes et religions », elle a servit à Freud pour écrire son ouvrage « Totem et Tabou » en 1913. Doté d'une d’une érudition prodigieuse et d’une capacité de travail exceptionnelle, Reinach est l'auteur de plus de 80 volumes, 7000 articles. Voir la biographie de Salomon Reinach.
[5] Il y avait une gare plus proche, à Villeneuve-de-Berg, mais elle n’avait pas les moyens de levage suffisants pour manipuler un colis d’une tonne.
[6] Voir références du catalogue ci-dessous. Il est disponible sur Gallica.

Musée des Antiquités Nationales de Saint Germain en Laye.

Place Charles de Gaulle, 78100 Saint-Germain-en-Laye - 01 39 10 13 00.
http://www.musee-archeologienationale.fr/template.php?SPAGE=53

Ouvrages :

  • Arnaud, Pierre, Abbé : « Voies romaines en Helvie » ; Imprimerie Étienne Benistant, Le Teil d'Ardèche, 1966, page 56 et suivantes.
  • Allmer, Auguste (1815 - 1899) : revue épigraphique, III, 1890-8, p.509, N° 1228.
  • Blanc, André : « Carte archéologique de la gaule romaine » ; Ed. Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et C.N.R.S., 1975, page 60.
  • Grenier, Albert : « Manuel ďArchéologie gallo-romaine », VI, page 59.
  • Pouzet, ph. : (professeur d'histoire au lycée de St-Etienne) : « Milliaire d’Antonin le Pieux, sur la route d’Aps (Alba) à Uzès » ; Revue Épigraphique du Midi de la France, N° 88, janvier, février, mars 1898 - N° 1228, pp. 509-511.
  • Reinach, Salomon : « Catalogue illustré du Musée des antiquités nationales au château de Saint-Germain-en-Laye », Tome I, Paris, Musées Nationaux, 1928, page 16.
  • IGN, carte topographique, 1/25 000e, N° 2938 O ; Aubenas.
  • Archives départementales de l'Ardèche, Cadastre napoléonien, commune de Mirabel, 1/2500e, 15 juillet 1813.

key words :

Miliario de 145 procedente de Mirabel´(Ardeche, Francia) conservado en el M.A.N. St-Germain-en-Laye.

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La borne milliaire de Pont-de-Labeaume

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La borne milliaire (ou colonne milliaire) de Pont-de-Labeaume est une borne romaine qui indiquait les distances sur un trajet [1]. On en trouvait une tous les milles pas, ce qui représentait un mille romain. Le mille romain mesurait environ 1481 mètres. Le pas romain était un double pas de 0,74 mètre qui représentait 2,5 pieds romains, donc un pas romain mesurait environ 1,48 mètre.

Cette borne romaine était posée à la bifurcation de l'ancienne voie romaine allant vers la capitale du pays Vellave, par Montpezat puis le Pal. Cette voie venait d'Alba et passait à Aubenas (Albenate). La borne date d'une période comprise entre le 25 juillet 306 et l’automne 307.

Extrait de la carte de Cassini N°89, Le Puy, montrant la position de cette borne à la bifurcation des chemins.
Les anciennes routes royales, portées sur la carte de Cassini, se superposaient aux anciennes voies romaines.

Cette colonne a été découverte sur la commune de Pont de Labeaume, en 1857 ou 1859, dans un champ appartenant à un dénommé Saboul, situé au bord de la rivière Ardèche, à proximité du Pont de Labeaume qui enjambe la rivière. Il semble que cet endroit soit le parking situé aujourd'hui au bord de la rivière Ardèche, en face de l'église, où la borne est visible. La borne était debout, enfouie à 1,50 mètre de profondeur, dans une position un peu inclinée par suite du tassement du terrain. Il se pourrait que l'endroit de la découverte ne soit pas son emplacement originel [3] mais cela reste à démontrer.

 
Localisation approximative de l'endroit où a été découverte cette borne. Le "X" indique le lieu supposé. Extrait du cadastre napoléonien de 1839. Source : Archives départementales de l’Ardèche.



Contrairement à toutes les bornes milliaires de la Voie des Helviens, la borne de Pont de Labeaume est en grès.[2] Celles retrouvées dans la région, utilisées sous l'empereur Antonin pour borner la voie des Helviens,  sont taillées dans un bloc de calcaire gris à gros grains. Il faut aussi remarquer qu'aucune indication de distance n'est présente sur cette borne. Elle mesure 1,86 mètre pour un diamètre de 50 cm.

Inscription :

Les lettres sont des majuscules, certaines sont difficiles à lire. En voici la transcription :

IMPCAES[flaui]O
VALCONST
[anti]NO 
[p]IO NOCAESARIDIVICONS
[a]VGFILIO
BONOREI
PVBLICE
NATO


On ne trouve pas d'indication de distance gravée sur cette borne mais Roland Comte [4] indique, dans un article publié dans Cévennes Terre de Lumière, que sur beaucoup de milliaires l'indication de distance était peinte et non gravée, ce qui peut expliquer son absence sur certaines colonnes.


Interprétation :

Imperatori caesari flauio
ualerio constantino
pio nobilissimo caesari diui constanti
augusti filio
bono rei
publice
nato


Toujours dans le même article, Roland Comte signale que la plaque posée au pied de la borne est erronée. Elle comporte deux erreurs.
  • Une erreur de latin : il est écrit "divi Constantino Augusto filio" au lieu de "diui Constanti Augusti filio".
  • Une erreur historique : Constantin 1er n'est pas le fils de Constantin [sinon il serait le 2e ], il est le fils de Constance Chlore qui fut césar de 293 à 305 et empereur de 305 à 306. Constantin 1er lui succéda et régnât comme empereur de 306 à 337 [5].
Notes : Cette erreur historique d'identification de Constantin 1er avait été faite dans deux documents, en 1861 puis 1863, par l'abbé Rouchier [6]. L'abbé Arnaud à repris en 1964, les informations de son prédécesseur et on retrouve cette erreur dans plusieurs documents qui recopient les précédents sans avoir vérifié les informations disponibles...

Traduction : 

"A l'empereur César Flavius Valérius Constantin, Pieux, très noble César, fils du divin Constance, Auguste, né pour le bien de la République."




La borne présente une fente verticale au dos. Il s'agit d'une tentative de sciage de cette borne après sa découverte, en vue d'en faire une pierre de seuil... L'abbé Pierre Arnaud n'en parle pas dans son ouvrage publié en 1966. Mais l'abbé Jacques Rouchier, donne des précisions sur ce fait, dans une lettre qu'il écrivit à son excellence Monsieur le Ministre de l’Instruction publique, en 1863.
L'abbé Jacques Rouchier indique aussi dans cette lettre que la personne qui a érigé cette borne "au bord de la route impériale n° 102,  l'a dotée d'un piédestal à ses frais, et placée sous la sauvegarde de la croix, destination pieuse qui n'altère en rien son antique signification, qui la rend au contraire plus éloquente et plus expressive !"



On peut donc apercevoir au sommet de cette borne, en se hissant sur la pointe des pieds, le trou qui a été creusé vers 1860, dans cette borne plus que millénaire, pour y fixer une croix en fer forgé.
Il existe à Saint Germain, à coté de Lavilledieu, une autre borne qui a été transformée en support de croix de carrefour...Certaines bornes milliaires, en Ardèche, ont été plus sauvagement mutilées afin d'en faire des calvaires de carrefours routiers, d'autres ont disparu, certaines ont été cassées. Il serait important de protéger certaines de nos antiquités et de les remplacer par des copies lorsque cela est nécessaire !

Localisation de cette borne :



Cette borne est visible au bord de la route nationale 102, devant l'Église, à proximité du Monument aux morts, 07380, Pont de Labeaume.

Position géographique :

44.665379 N
  4.288948 E
Le Pont de Labaume est situé à proximité du Château de Ventadour qui fut la propriété du comte d'Antraigues.

Documentation 

Notes

    1. Il semblerait que Caius Gracchus, né en 154 av. J.-C., soit le premier à mesurer les chemin et à planter des pierres pour matérialiser les distances.
    2. Selon Georges Naud, président de la Société Géologique d’Ardèche, il pourrait s'agir de grès du Trias qui proviendrait des carrières de Mercuer (07200). Mercuer est située entre Aubenas et Pont de Labeaume, sur une voie romaine.
    3. Remarque effectuée par Frank Bréchon dans sa thèse de doctorat.
    4. Je remercie Monsieur Roland Comte, président de l'Association "Cévennes Terre de Lumière" qui a bien voulu m'apporter d'importantes précisions sur ce milliaire qu'il a étudié avec René Rebuffat.
    5. Constantin 1er, dit le Grand est issu d'une lignée de militaires. Il apparaît comme le plus important des empereurs romains, César et Auguste mis à part. Trois siècles après eux, il a donné une nouvelle jeunesse à l'empire tout en le réorientant vers une religion nouvelle, le christianisme, et en faisant basculer son centre de gravité vers l'Orient de langue et de culture grecques. Il est né à Naissus (aujourd'hui Niš, en Serbie).
    6. L'abbé Rouchier, chanoine honoraire de Viviers, était correspondant du comité impérial des sciences et des travaux historiques. Il est l'auteur d'une histoire du Vivarais.

    Documents de référence

    • Arnaud, Pierre (abbé) : "Voies romaines en Helvie" ; préface de Maitre Louis Bouvier ; 187 pages, in-8, (25,5 x 16,5 cm), broché, dessins, 8 cartes dépliantes hors texte et 2 dans le texte , 59 dessins dans le texte, de R. Joseph, R. Pitiot, H. Saumade et R. Weiss, photographies, Imprimerie Étienne Benistant, Le Teil d'Ardèche, 1966. (Tirage limité à 1380 exemplaires; voir pages 161, 162,163).
    • Bergier, Nicolas (1567-1623) : " Histoire des grands chemins de l'Empire romain , contenant l'origine, progrès, et estenduë quasi incroyable des chemins militaires pavez dépuis la Ville de Rome jusques aux extremitez de son Empire."; 856 p. : titre et front. gravés ; in-4; 1622, C. Morel (Paris).
    • Bréchon, Franck :"Réseau routier et organisation de l'espace en Vivarais et sur ses marges (1250-1450)"; Thèse de doctorat, Université Lumière, Lyon 2 - 2000.
    • Comte, Roland : "Miliaire de Pont-de-Labeaume"; pp.14-16; in  Cévennes, Terre de Lumière; trimestriel, n° 2-3/2007.
    • Lauxerois (R.) : "Le bas-Vivarais à l’époque romaine. Recherche sur la cité d’Alba"; Paris1983.
    • Napoli (Joelle) et Rebuffat (René) : « Les milliaires ardéchois d’Antonin le Pieux »; Gallia, XLIX, 1992, p. 51-79. 
    • Rebuffat, René : « Les voies romaines de la Basse-Ardèche », Mémoire d'Ardèche et Temps Présent, 66, Privas, 15 mai 2000.
    • Rouchier,  Jacques (abbé) : "Histoire religieuse, civile et politique du Vivarais", Paris, 1861.
    • Rouchier, Jacques (abbé) : « Lettre à son excellence Monsieur le Ministre de l’Instruction publique, concernant une inscription romaine découverte récemment sur la commune du Pont-de-Labeaume », dans la « Revue des Sociétés Savantes des départements » – IIIe série, T.I. 1863, 1er semestre, pages 164 à 166.
    • Urvoy, Jean-Michel : "Pont de Labeaume : la borne milliaire", Revue du Vivarais, tome CXVIII, N°4, 2014, Fascicule 800, pp. 305-322.

    Sur le web 

    Pages ouvertes par Isaac Moreno Gallo, en Espagne, sur les voies romaines. Ses recherches sont intéressantes car pour aller de Rome en Espagne, il fallait passer par le sud de la France. Ce qui est encore visible en Espagne a existé un jour en Gaule et très probablement dans notre région.... Issac Moreno Gallo est venu en Ardèche et a rencontré Roland Comte afin d'étudier avec lui les voies romaines du Vivarais.
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